L’économie mondiale grince mais les Etats-Unis chantent

En résumé, le panorama de la croissance mondiale c’est : une confirmation, une déception et une satisfaction.

La confirmation, d’abord, que les pays émergents ne vont pas bien ou du moins pas beaucoup mieux. Le malaise est ainsi toujours très palpable en Amérique latine notamment au Brésil. Le PIB, n’en finit pas de reculer (encore -2,2% en rythme annualisé au 2ème trimestre) et il est désormais écarté de près de 8% de son pic atteint début 2014. C’est un retour en arrière de 6 ans environ quand dans le même temps la population s’est accrue de 11 millions de personnes. Et difficile de croire à un retour rapide de la croissance, du moins tant que le prix des matières premières restera coller ou presque à son plancher. Or rien n’indique à court terme l’enclenchement d’un nouveau cycle haussier. Et c’est bien toute l’Amérique Latine qui est pénalisée.

Côté Asie émergente, l’activité décélère toujours. En Chine, les chiffres officiels peinent à masquer l’ampleur des difficultés qui peut néanmoins se lire à travers le ralentissement très marqué de la croissance à Singapour, Hong-Kong et Taiwan, trois économies particulièrement extraverties et dépendantes de la demande chinoise. Les difficultés du Japon sont un autre marqueur du manque de vigueur de l’Empire du milieu. Quant à l’Inde, l’activité montre aussi des signes d’essoufflement. En fait, seul les PECO restent à peu près sur de bons rails.

La déception maintenant. Elle est européenne, plus précisément eurolandaise. La croissance y a été divisée par deux, passant de 0,6% au 1er trimestre à 0,3% au deuxième. Mais ce n’est pas là le plus décevant, le coup de frein étant anticipé. Non ce qui déçoit se sont les composants même de la croissance avec la chute brutale de l’investissement et le coup d’arrêt de la consommation. En d’autres termes, les ressorts internes de la croissance se sont brisés et avec eux les espoirs d’une reprise auto-entretenue. Les enquêtes de conjoncture le confirment, l’économie eurolandaise ne semble pas capable d’aller plus vite et il faudra au mieux se contenter de 1,5% de croissance cette année. D’autant qu’il faudra progressivement digérer le Brexit qui n’a en fait pas encore commencé.

Certes, jusqu’ici tout va bien : la croissance a été robuste au 2ème trimestre (+0,6%) en accélération sur les trois premiers mois de l’année et la majorité des indicateurs résistent… à deux exceptions près l’immobilier et la livre. Or ce sont là deux menaces très sérieuses ;

1 -les effets richesse vont disparaitre alors que l’inflation va mordre sur le pouvoir d’achat. Ce n’est pas bon pour la consommation.

2- le financement du déficit courant (devenu abyssal au fil des ans) va poser problème et le réveil risque d’être douloureux. Pour faire bref, c’est le calme avant la tempête et l’économie européenne n’en sortira pas indemne. Au tour de la satisfaction : les Etats-Unis. La croissance a en effet coincé au 2ème trimestre, mais d’autres indicateurs se sont succédés : il y a d’abord la job machine qui est relancée avec une poussée des créations d’emplois en tendance, malgré un mois d’août un peu décevant, et à moins de 5% le taux de chômage est proche du niveau souhaité par la Fed. A 1,6%, l’inflation sous-jacente, c’est-à-dire débarrassée de ses composants les plus volatils (l’énergie et les produits alimentaires) est aussi proche de la cible officielle de la Fed (2%).

Enfin, la hausse des salaires devient plus marquée. C’est assez pour retrouver le sourire, mais c’est un solo qui peut inquiéter, car in fine la croissance mondiale glissera sur une pente de croissance inférieure à 3% cette année.

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