Royaume-Uni/Brexit : le calme avant la tempête

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La Banque d’Angleterre a sorti l’artillerie lourde après le Brexit : baisse du taux directeur à 0,25%, son plus bas historique, mise en place d’un système de soutien aux prêts des banques pour 100 milliards de livres, relèvement du plafond du programme d’achat d’actifs, le fameux quantitative easing de 375 milliards de livres à 435. Un activisme qui en dit long sur les inquiétudes de la BoE. Pour les sceptiques, il ne s’agit là que d’angoisses d’économistes ou de financiers, des boutefeux trop loin de la réalité. Et pour preuve, les premiers chiffres concrets post-Brexit comme les ventes au détail ou l’évolution du chômage ne montrent aucun décrochage : donc jusqu’ici tout va bien.

Le problème, c’est qu’en économie il y a des délais de propagations, ce qui permet un temps de rester en lévitation. Mais cela n’est que temporaire et l’on connait la suite. Il faut bien en avoir conscience, l’économie britannique est en situation périlleuse. Il y d’abord le risque d’une explosion générale de l’immobilier. Preuve que la menace est prise au sérieuse, le fonds souverain norvégien, le plus important fonds souverain au monde, a annoncé avoir déprécié de 5% la valeur de ses actifs immobiliers britanniques. Peu avant, plusieurs sociétés financières, et pas des moindres, avaient été contraintes de geler certains fonds dans l’immobilier commercial en raison d’un afflux d’investisseurs désireux de vendre au plus vite pour récupérer leur mise. L’effet « dominos » n’est donc plus très loin. Or, les effets de richesse liés aux prix de l’immobilier sont très puissants au Royaume-Uni, ce sont même l’un des principaux piliers de la croissance comme le montre l’évolution comparée d’un indicateur global de richesse et le PIB. Et l’inquiétude vient maintenant que les effets richesse vont décrocher, c’est inexorable, sans prise de relai possible par les salaires.

Autre menace, les effets en chaine du décrochage de la livre. La monnaie anglaise a cédé 12% environ contre l’euro et le dollar et de plus de 17% face au yen. Bien entendu, c’est bon pour les exportations et le tourisme. Mais au moment où la croissance mondiale coince, il est illusoire de croire que cela sera un moteur suffisant pour tirer l’économie d’autant que le Royaume-Uni exporte principalement des biens et des services haut de gamme ou sophistiqués donc très peu sensibles aux prix. Surtout, il ne faut pas sous-estimer les effets négatifs de la baisse de la livre. Le Royaume-Uni importe en effet massivement des marchandises qu’il ne produit pas. C’est la double peine : la hausse des prix des produits importés fait monter l’inflation d’où une perte de pouvoir d’achat pour les consommateurs et le déficit extérieur se creuse.

Et c’est bien un point de fragilité : la contrainte extérieure. Le déficit courant c’est creusé et représentait avant le Brexit près de 7% du PIB. C’est une anomalie dans le paysage européen. Parmi, les quatre économies majeures, seule la France est en déficit mais il est contenu (moins de 1%) alors que, l’Espagne, l’Italie et bien entendu l’Allemagne sont excédentaires. Et qui dit déficit, dit financement du déficit. Et c’est là que le bât blesse. Tant que le Royaume-Uni inspirait confiance, il était capable d’attirer les flux financiers grâce à la City et les IDE du monde entier. Mais aujourd’hui avec le Brexit c’est un saut dans l’inconnu : tout ce que déteste la finance. C’est une évidence, le déficit courant n’est pas soutenable et c’est là une très grande menace car pour le faire baisser nul autre choix que de couper dans les imports autrement dit la demande interne. Là aussi c’est un jeu de dominos avec comme clap de fin, une baisse de la croissance potentielle.

La question pour l’économie britannique n’est pas de savoir si elle va souffrir du Brexit mais plutôt à quel point. D’après notre scénario le coup sera rude et la croissance devrait tomber à 0,3% l’année prochaine. Le Brexit ne fait que commencer.

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