Les contradictions de Monsieur Macron

2014.11.17_Emmanuel_Macron_Ministre_de_l_economie_de_lindustrie_et_du_numerique_at_Bercy_for_Global_Entrepreneurship_Week_(7eme_CAE_conference_annuelle_des_entrepreneurs)

Quel bilan peut-on porter sur l’action d’Emmanuel Macron après deux ans à la tête du ministère de l’Economie, de l’industrie et du numérique ? C’est, ne le cachons pas, celui d’une action contrariée par les arbitrages interministériels et parlementaires. Si l’on s’en tient à la surface médiatique des choses, la loi Macron, ressort bien sûr comme l’élément le plus saillant de ce bilan.

Objet législatif à la fois volumineux et pointilliste, emblématique de l’aggiornamento libéral d’une partie de la gauche, il peut pourtant donner le sentiment d’avoir accouché d’une souris. Premier effet, le résultat bien tangible, mais parfois raillé, de 1500 emplois créés dans le secteur des autocars. On retiendra aussi la facilité accrue pour les notaires de s’installer, un coup de canif dans les rentes que prétendait combattre la loi. Mais encore quelques éléments d’assouplissement du droit du travail, rendus anecdotiques après le passage en force de la loi El Khomri. Enfin, on notera la possibilité (limitée) d’ouverture des magasins le dimanche qui peine à être concrétisée dans le cadre de la négociation avec les syndicats. Au final, cette loi à forte charge symbolique a davantage crispé la gauche qu’elle n’a déverrouillé l’économie.

Un homme pressé

Faire un bilan de la loi est cependant prématuré. A défaut, il faut reconnaître à l’ex-ministre, soupçonné d’être davantage dans le buzz que dans l’action opiniâtre, une célérité rare concernant la mise en œuvre des décrets d’applications et une forte transparence concernant le suivi de l’état d’avancement et l’évaluation de sa loi. Cette rigueur dans l’action répond à des critiques que le ministre avait formulées par le passé : « les lois sont trop souvent inappliquées par défaut de décret d’application, leur efficacité quasi jamais mesurée… ». Et c’est avec le même esprit qu’il a accompagné, rationalisé et mis en musique les projets industriels initiés par son prédécesseur. Il y a là une volonté de ne pas abandonner les projets en rase campagne qu’il faut saluer.

Objet surmédiatisé, la loi Macron tend néanmoins à faire de l’ombre à toute une activité législative plus pragmatique, en faveur de la simplification du droit des affaires, de la commande publique, du capital investissement, du numérique. Tous ces axes d’action font écho au grand credo du ministre : la transformation numérique de notre économie est une révolution globale qui touche toutes les dimensions de l’activité (les techniques comme les usages, les TPE comme les grands groupes, l’Etat aussi bien que les individus).

Partisan du « moins d’Etat »

Le bilan d’Emmanuel Macron ne s’arrête cependant pas à cette action réformatrice en demi-teinte. Il a su aussi user de sa forte notoriété, au plan national et international, pour apporter sa note dans un certain nombre de débats. Ces prises de position permettent d’esquisser les contours de « la doctrine » Macron.

Clairement, l’ex-ministre fait figure de partisan du « moins d’État ». Mais sa volonté de recentrage et de rationalisation de l’État (de reflux de la dépense publique donc), va de pair avec un rejet de la rigueur budgétaire. Autrement dit, le repli de la voilure publique, doit avoir pour contrepartie une baisse de la pression fiscale. De ce point de vue, Emmanuel Macron est très proche du pragmatisme anglo-saxon.

Partisan du moins d’Etat, l’ex-ministre rejette néanmoins le libéralisme à l’européenne, ouvert à tous les vents. Sans être colbertiste, Emmanuel Macron demeure ferme sur le fait que l’État doit faire entendre sa voix d’actionnaire pour préserver le contrôle hexagonal sur les entreprises stratégiques. En témoignent le doublement des voix de l’Etat1, les bras de fer avec Carlos Ghosn, le patron de Renault, la recapitalisation d’EDF etc. Il est de ce point de vue, à nouveau, proche de la pratique libérale pragmatique anglo-saxonne, où la nationalisation n’est pas taboue (comme dans le cas de General Motors ou des banques anglaises) lorsqu’il s’agit de préserver les intérêts nationaux : gouverner le marché, avec les armes du marché, en somme.

Favorable à l’économie sociale de marché

Sa ligne européenne est également claire. Le lien européen doit être retissé autour de son dénominateur commun : l’économie sociale de marché ; Avec un triple message sur la scène européenne, où l’ex-ministre n’a pas ménagé ses efforts, notamment auprès de ses homologues allemands, que l’on pourrait résumer ainsi : oui aux réformes, mais non à la rigueur et surtout oui aux transferts inter-européens.

Il existe enfin une dernière dimension sur laquelle le ministre s’est démarqué de façon discrète mais constante, notamment de Manuel Valls : son attachement à la mobilité des hommes. Pour Emmanuel Macron, l’immigration doit être conçue comme source de création de richesse, donc de croissance et de financement de nos régimes sociaux. Cela était déjà bien palpable dans le rapport Attali avec la préconisation d’une délivrance souple des visas. C’est cette même note qu’il a fait entendre au plus fort de la crise des migrants, au moment où les États européens y compris la France se raidissaient sur l’enjeu sécuritaire.

Un projet non achevé

Le grand projet Macron, qui aurait pu trouver forme dans la loi Macron II, n’a néanmoins jamais vu le jour. On peut supputer que son ambition était d’encastrer la réforme du marché du travail dans un projet plus large d’adaptation à la transition numérique de nos économies. Le saucissonnage du projet en différentes loi, en a cassé la portée systémique.

Là réside le principal échec d’Emmanuel Macron. Sa volonté de faire autre chose, de se départir des concepts, des catégories intellectuelles d’un autre temps n’a pas pris corps. Celui qui veut incarner le logiciel d’un nouveau capitalisme de l’après 2008, hors clivages, n’en reste qu’au stade de l’intention. Et l’on ne sait toujours pas si la petite musique Macron ne se résume, en définitive, qu’à une mince couche de vernis. Recouvre-t-elle un conformisme, fruit du copier-coller des préconisations qui remplissent les tiroirs des ministères et des institutions internationales depuis plus de vingt ans, un invariant que l’on ressert avant comme après 2008 ? Ou s’agit-il d’une vraie démarche d’innovation politique ? La question reste entière.

Article rédigé par Olivier Passet et paru dans AlterEco, le 30 août 2016

1.Grâce à la loi Florange, votée en 2014, qui vise à encourager l’actionnariat de long terme en accordant des droits de vote double aux actionnaires détenant des titres depuis au moins deux ans

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