Ces 3 dossiers économiques urgents que l’on esquive

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Quelles sont les vraies urgences économiques de la rentrée ? Je ne parle des surenchères, des effets de manche qui vont entourer la campagne électorale, de l’avalanche des propositions, qui faute de se construire sur représentation positive du modèle français, vont toutes utiliser à tort et à travers la pédagogie de l’urgence et de l’ardente obligation.

L’urgence, c’est d’abord et avant tout de sauver la reprise. Il faut arrêter de se leurrer sur le léger mieux de la France, qui continue de transparaitre dans certains chiffres, mais qui relate une séquence déjà révolue, celle qui se mettait en place avant l’été, même si elle a été chahutée par les mouvements sociaux. En l’état, la reprise européenne et française n’est pas pérenne. Tout est en place pour une rechute si des actions fortes ne sont pas entreprises. Il ne s’agit pas de sauver la reprise, pour sauver la reprise, avec pour arrière-pensée électorale d’accrocher quelques résultats au pacte de responsabilité. Non il s’agit d’éviter un risque majeur. Celui que l’investissement et l’emploi se pétrifient à nouveau, faute de visibilité à long terme. Si le souffle de reprise européen venait à s’interrompre, si prématurément, sans solide restauration de l’investissement, là où en est le sous-emploi aujourd’hui, là où en sont les exaspérations sociales mais surtout là où en sont les banques, … ce ne serait pas une simple récession technique qui guetterait l’Europe, mais bien un risque de fracture majeure. Le fait d’avoir fait le choix de la rigueur depuis tant d’année, d’avoir eu la crédibilité financière pour prima, a un coût caché. Notre perte de crédibilité en tant que zone de croissance. Et ce déficit de croissance nuit non seulement à l’investissement, mais surtout, il entrave tout véritable apurement des bilans bancaires qui demeurent chargés de créances douteuses. Celles qu’accumulent des agents privés exsangues près 8 ans de crise. Ou celles qu’accumulent les créanciers en quête de rendement et qui s’exposent à des risques excessifs. Autrement dit, le début de stabilisation du ratio d’endettement publique que l’Europe a obtenu au prix fort n’est qu’un écran de fumée, qui recouvre une dette privée en partie non récupérable, autrement dit une dette publique cachée puisqu’on sait bien que c’est toujours l’Etat qui en hérite en dernier ressort. Cette bombe à retardement nous explosera dessus, si tout n’est pas entrepris pour remettre au plus vite la croissance sur ses rails.

Deuxièmement, le Brexit demande une réponse forte au plan européen… non pas une relance du projet comme disent nos dirigeants, avec son lot de déclarations toutes faites mais sans vraie portée. Mais une refondation. Car le projet actuel est dysfonctionnel. Il ne s’agit pas pour la nième fois de promettre un plan d’investissement, pour sauver la croissance, ou de faire semblant d’étoffer le projet en chargeant l’Europe de nouvelles missions sécuritaires. Non il s’agit de s’attaquer aux 2 failles du projet européen : 1/ son déficit de démocratie ; 2/ son incapacité à placer la cohésion au cœur de son projet, transgressant depuis des années la philosophie initiale des traités.

La troisième urgence, c’est de recréer une confiance dans le pacte social français. A la fois excessivement dénigré, convoqué comme étant à l’origine de chaque défaillance de la croissance et inversement excessivement défendu, comme s’il était un socle intouchable. On évoque sans cesse les effets néfastes de l’instabilité juridique sur la prise de décision des entreprises. On n’évoque jamais l’effet délétère du torpillage systématique du modèle social français, paré de tous les vices. Il serait temps de se dé focaliser des réformes au coup par coup, qui n’offrent que des pics de dramatisation stériles, et d’offrir un projet-cadre global, négocié qui permette aux français de se projeter dans le long terme, en ayant confiance dans ce que sera le système d’assurance qui accompagnera leurs choix économiques, dans un monde de plus en plus risqué.

Bref, plus que jamais, cette rentrée a besoin que le politique investisse le temps long. Au moment même où le politique sera plus que jamais happé par le temps court de l’horizon électoral.

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