L’illusion boursière de la rentrée

Curieuse résilience des bourses depuis le Brexit. Voilà que le temple de la surréaction, du panurgisme semble avoir dépassé la grande peur déclenchée par le non référendaire du 22 juin, pour le classer au rang des mini-chocs éphémères. Trois jours après l’évènement, les bourses ont certes décroché assez lourdement : de 9 % à Paris, 8% à Francfort, 4% à Londres et New York. Pour des marchés, pris à contrepieds, la réaction semble limitée. Et depuis, toutes les bourses ont retrouvé ou dépassé leurs niveaux d’avant Brexit. Londres surplombe aujourd’hui de près de 10% ses niveaux d’avant référendum. Francfort et New york de 5 %. Paris, pénalisé par le contexte sécuritaire hexagonal, les a juste restaurés.

Ce message de sérénité apparente des bourses, il faut cependant lui restituer sa vraie dimension.

1/ Les bourses sont d’abord un capteur branché sur des entreprises d’échelle mondiale, dont la situation dépasse très largement le périmètre de l’Europe. Et ces bourses, depuis janvier 2015 étaient déjà à la peine, intégrant toute une série de risques, la crise des émergents, la fragilité des banques, la dégradation de la profitabilité du secteur énergétique etc. Le Brexit ne constituant qu’un facteur de fragilité parmi d’autres.

2/ Le Brexit est un évènement qui marque le temps long. Ce n’est pas celui de la Bourse. Le processus est lent et change peu les choses en apparence puisqu’il consiste à restaurer sur la base d’accords bilatéraux une situation qui pourrait s’approcher de l’existant, parsemée de dérogations qui font déjà du Royaume-Uni un semi-partenaire de l’Union. Toute la pédagogie du gouvernement britannique a visé à faire passer cette idée, et les marchés l’ont intégré. Sauf que sa portée symbolique est bien plus profonde, puisque le Brexit ouvre la perspective que l’Europe soit un processus réversible. Puisqu’il désinhibe un peu plus l’affirmation du chacun pour soi. Ça, les marchés ne savent pas l’intégrer. A court terme, de surcroît les dynamiques de demande ne sont pas brutalement interrompues. Le revenu des ménages, la faible inflation, le fait coût du crédit demeurent dans les tuyaux et continuent à alimenter la consommation. C’est précisément ce que restituent les indicateurs de conjonctures britanniques les plus récents. L’économie ne s’est pas pétrifiée, mais il se peut qu’elle soit en lévitation.

3/ Enfin, les banques centrales veillent au grain, et les marchés le savent. Elles sont intervenues massivement. Et leur crédibilité dans la gestion des crises est intériorisée par les marchés.

Et là est la limite de la sérénité de surface que l’on observe aujourd’hui. La résilience des bourses dit avant tout une chose. Dans un monde réel chargé d’incertitude, les acteurs du marché n’ont qu’une seule certitude, c’est que le contexte de taux zéro est installé pour longtemps. Le Brexit a totalement évacué de l’horizon la tentative de normalisation des taux que voulait initier la FED. Ce changement d’anticipation joue comme un puissant facteur de soutien des cours. D’autant que ces derniers demeurent très  en deçà des  niveaux théoriques qu’ils pourraient atteindre si le niveau des taux actuels devenait un régime permanent. D’autre part, en abaissant toujours davantage les taux d’intérêt, les banquiers centraux de la planète obligent les investisseurs à prendre des risques. C’est-à-dire à délaisser les obligations d’Etat, qui ne rapportent plus rien, voire coûtent de l’argent, au profit des actions.

Le Brexit est un choc d’offre diffus. Il modifie les choix d’allocation du capital. Il paralyse certaines décisions d’investissement bien au-delà du Royaume-Uni. Mais ce type d’effet n’imprime sa marque sur la croissance que dans un horizon long qui n’est pas celui de la Bourse ; Si l’on cherche en revanche les fondamentaux qui pourraient sous-tendre une solidité plus durable de la Bourse, on ne les trouve pas. Les résultats des entreprises se dégradent de part et d’autre de l’Atlantique. Les perspectives de croissance demeurent molles. Les risques de rupture bancaire, politique et sociaux demeurent latents. Et dans ce monde incertain, on fait jouer à la Bourse un rôle qu’elle ne devrait pas… celui de refuge.

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