Conte de fée conjoncturel

Imaginons. Vendredi 10 février 2017- la presse en fait ses gros titres : 2 ,9 % de croissance pour 2016. C’est le chiffre communiqué la veille par l’INSEE. Avec son lot de formules à l’emporte-pièce, de points d’exclamation, de commentaires stéréotypés mais inévitables à quelques semaines de l’échéance présidentielle. Les commentateurs ne se lassent pas de répéter l’on n’avait pas vu ça depuis 15 ans, mais que la conjoncture reste la conjoncture et que l’effort de réforme structurelle ne doit pas être relâché pour autant. Dans les couloirs de Bercy, le dixième de point qui nous sépare des 3 % frustre certains, tandis que les 0,2 point de plus que l’Allemagne permettent à d’autres de pérorer sur le leadership français restauré en Europe.

Mais ce n’est plus vraiment ce chiffre que l’on commente. Il était dans les « tuyaux » de la direction du Trésor depuis au moins six mois. Et si, ce n’est pas l’hypothèse qui a été retenue en loi de finance, c’est qu’il fallait maintenir la pression sur le volet « baisse des dépenses » au parlement, avant que les frondeurs ne tentent de faire main basse sur la « cagnotte ».

Non, ce que l’on commente le plus, c’est l’autre 2,9%. Celui du déficit public, dont l’officialisation se fera un peu plus tard. Autrement dit, la cible des 3% de déficit vient d’être atteinte avec un an d’avance sur l’échéancier de la Commission. « Si avec ça Angela ne pose pas à nouveau avec tendresse sa tête sur l’épaule présidentielle !» plaisante un conseiller. Ce n’est pourtant que l’effet logique de l’accélération de l’activité, rien de plus. Avec 1,2 point de croissance supplémentaire par rapport à l’hypothèse sur laquelle on avait bâti le projet de loi de finance  2016, l’effet est radical. Et de fait, 0,6 à 0,7 point de déficit ont été absorbés en un an du seul fait de la conjoncture et de la normalisation de l’inflation. C’est déjà ce qui s’était produit l’année précédente, mais à moindre échelle : 0,3 point de manne conjoncturelle. En tout, 1 point de déficit s’est évaporé sans rien faire, sous l’effet de l’accélération non programmée de l’activité. Ajoutée à cela, la diminution discrétionnaire du déficit (dit structurel), pour l’équivalent de 0,3 point de PIB en cumulé sur 2015 et 2016, et le tour est joué.

Et ce petit dixième sous les 3% va compter. Il est au cœur de tout le storytelling que ressasse en boucle Emmanuel Macron sur les médias. Il y a eu Schröder/Hartz. Il y a maintenant Hollande/Macron. Mais à la différence du précédent, ce duo-là n’a pas bradé la protection sociale. Il a su doser la rigueur ; Restaurer la compétitivité, grâce au pacte de responsabilité, auquel on doit la remontée de 4 points du taux de marge des entreprises et la forte reprise de l’investissement. Il a su libérer l’activité ; Remettre l’entrepreneuriat, tradition française oubliée, au cœur du système. Faire de la France, la première start-up nation d’Europe, mettre en échec les déclinistes de tout poil, ériger la French tech en nouvelle bannière de fierté nationale. Bref, le socialisme californien 3.0 est né. Et dans cette nouvelle lune de miel entre le socialisme et l’entreprise, avec Xavier Niel dans le rôle du témoin bienveillant, et Pierre Gattaz dans celui du beau-père grincheux, la France a gagné la fameuse inversion de la courbe du chômage. Un chômage qui avoisine depuis décembre 8,5% de la population active, après avoir culminé à 10%, fin 2014, tandis que le CAC40 a franchi depuis 2 mois la barre des 6000.

Consommation de biens par les ménages, en volume

Conte de fée conjoncturel

Niveaux  en millions d’euros aux prix de l’année précédente chaînés, Source : INSEE

Tout avait commencé fin 2014. Avec ce fameux alignement des astres, dont personne ne savait vraiment s’il durerait. La première baisse du chômage en janvier 2015 avait été commentée comme il se doit… comme un point qui ne fait pas une tendance. Et d’ailleurs, le profil en tôle ondulée du chômage au cours des mois suivants, ne permettait pas de tirer d’autre conclusion que celui d’un début de stabilisation. Personne d’ailleurs ne s’aventurait alors à prévoir plus de 1% de croissance pour 2015, seuil à partir duquel le chômage peut reculer. Les fameux acquis de croissance retenaient alors les plus audacieux. Et même lorsque les premiers chiffres de consommation de bien (graphique)  tombèrent en mars 2015, augurant peut-être d’un rebond de près de 1,0% de la consommation dans son ensemble, personne n’osa pronostiquer ce qui allait suivre. Un rebond de 0,7% du PIB dès le premier trimestre de 2015, suivi d’un second trimestre à 0,5. Après une phase de déstockage inévitable, la production industrielle finit par embrayer franchement dès les premiers mois de l’année. Bref, la reprise allait se confirmer en France, comme partout en Europe. Ce ne fut pas 1% mais 1,8% que la France afficha en 2015, déjouant tous les pronostics.

Pourquoi ce conte de fée ? Je ne sais pas. Mais François Hollande, lui, le sait.

Article publié dans Alterecoplus, le 9 mars 2015

Laisser un commentaire

Entrez vos coordonnées ci-dessous ou cliquez sur une icône pour vous connecter:

Logo WordPress.com

Vous commentez à l'aide de votre compte WordPress.com. Déconnexion / Changer )

Image Twitter

Vous commentez à l'aide de votre compte Twitter. Déconnexion / Changer )

Photo Facebook

Vous commentez à l'aide de votre compte Facebook. Déconnexion / Changer )

Photo Google+

Vous commentez à l'aide de votre compte Google+. Déconnexion / Changer )

Connexion à %s