L’Allemagne va-t-elle jouer le rôle de locomotive européenne ?

La croissance européenne est en train de flancher faute d’une locomotive. Mi-2013, toutes les conditions d’une reprise étaient pourtant réunies. Le Sud paraissait avoir touché le fond. L’Allemagne semblait en passe de rallumer sa demande intérieure. Les États-Unis s’affirmaient comme le moteur du monde. Les conditions de financement étaient historiquement favorables. Les entreprises comme les ménages étaient entrés dans une logique de reconstitution de leurs parcs d’équipements et de biens durables et toutes les enquêtes industrielles de tous les pays-développés étaient orientées à la hausse. Les gouvernements semblaient de surcroît lâcher du lest en matière de rigorisme budgétaire.

Graphique 1 : Croissance des coûts horaires du travail (glissement annuel)

Capture salaires

Source : Eurostat

Mi-2014 néanmoins, le processus s’est enrayé et l’Europe stagne à nouveau, menaçant la dynamique de reprise mondiale. Quelle était en effet la condition pour que s’opère une diffusion positive de la croissance au sein de l’espace européen comme nous l’espérions il y a encore 6 mois ? Le Sud avait d’abord besoin de créer un écart de coût avec le Nord pour récolter les fruits de son effort de dévaluation salariale interne. Et pour créer vraiment l’écart, sans tirer vers le bas l’ensemble de la zone euro, il fallait que la dynamique des prix, des salaires et de la demande diverge entre le Nord et le Sud.

C’était la condition clé pour pérenniser la réduction des déséquilibres financiers entre le Nord et le Sud, ceux des transactions courantes comme ceux des administrations, sans compromettre la reprise. Car jusqu’ici, la réduction des déséquilibres avait d’abord été la contrepartie de l’effondrement des demandes intérieures du Sud. Dans ce contexte, le contrepoids du Nord était vital et le devient encore plus, maintenant que la France joue la carte de la consolidation budgétaire, n’assumant plus son rôle traditionnel de stabilisateur de la croissance européenne.

Le résultat des négociations salariales allemandes donnaient encore quelque crédit à ce scénario au début de l’année 2013. L’évolution des coûts horaires du travail outre-Rhin semblait bien en mesure d’impulser une dynamique de la demande intérieure, si vitale pour le restant de l’Europe. Elle semblait également participer à la résorption des écarts de compétitivité en Europe.

Malheureusement cette divergence nécessaire, a fait long feu (Graphique 1). Et depuis plus d’un an, l’Allemagne est rentrée dans le rang de la déflation européenne. Ses coûts horaires, qui semblaient s’orienter vers des rythmes de croissance annuels de 3-4 %, ont soudainement décroché. La modération des bonus est passée par là. Et tout comme le reste de l’Europe, les coûts allemands ne progressent plus qu’au rythme de 1 %. La déflation a gagné le cœur même de l’Europe et joue comme un étouffoir de la reprise.

Résultat, l’Allemagne est emportée dans un mouvement de ralentissement et maintenant de baisse des prix de production d’une ampleur au moins équivalente à ce que l’on observe en Espagne, en France ou dans la moyenne de la zone euro (Graphique 2). Autrement dit, l’Allemagne ne joue pas le rôle de stabilisateur que l’on pouvait attendre, pour l’intérêt de la zone et pour son intérêt propre.

Graphique 2 : Taux de croissance des prix à la production (glissements annuels)

Capture priprod

Source : FERI

Nul besoin d’épiloguer. Les enquêtes industrielles s’affaissent partout en Europe. Chacun attend son salut de la politique de la BCE. En pure illusion. La panne européenne est sérieuse et la zone-euro ne sortira pas de son cercle vicieux déflationniste sans une coopération véritable entre les État-membres.

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