L’heure des alliances tous azimuts pour défendre l’intérêt national

C’est au moment de la reprise que l’on compte les gagnants et les perdants de la crise. C’est l’heure de vérité pour les entreprises françaises menacées de passer sous contrôle étranger et le moment choisi par Arnaud Montebourg pour doter le gouvernement d’une nouvelle arme défensive. Encore faut-il avoir une vraie stratégie d’intérêt national. Or l’Europe s’est de fait révélé un piège pour la France qui n’a pas su transformer son modèle à temps. Ne pas en tenir compte dans nos stratégies d’alliance serait une erreur. Car tout l’enjeu est bien d’inverser le sens de l’histoire dans une union monétaire qui renforce inexorablement la polarisation industrielle autour d’une puissance centrale. Comment tirer parti du grand marché européen sur lequel l’Allemagne génère 45% de la valeur ajoutée en biens d’équipement et en automobile contre seulement 7 % pour la France ? Comment éviter la vassalisation économique face à un pays qui détient les atouts majeurs pour intégrer ses partenaires dans une plateforme de production servant ses intérêts néo-mercantilistes.

Face à cette domination incontestable, négocier des regroupements européens en position de faiblesse, avec des entreprises directement rivales sur des marchés en surcapacité, se traduira inexorablement par des arbitrages défavorables à notre outil de production. Ce n’est qu’en se tournant délibérément vers l’échiquier mondial que le tissu productif français peut s’extraire du piège. Comme l’ont révélé les affaires Peugeot et Alstom, la meilleure issue est souvent de s’allier à un partenaire extra-européen qui offre des complémentarités industrielles et financières, une ouverture à de vastes marchés et de véritables perspectives de développement bien négociées avec l’appui de l’Etat, en contrepartie de notre apport technologique.

L’enjeu, dans un monde qui est passé du commerce des produits au commerce des opérations, n’est plus de maîtriser des filières entières, mais bien de capter de la valeur sur des maillons stratégiques de chaines de valeur mondialisées. Or, nos meilleures entreprises comme Gemalto, STMicrolectronics, Cap Gemini, Atos ou Dassault Systems, disposent souvent d’atouts forts dans la conception amont, la production de composants et de services intermédiaires à forte valeur ajoutée. C’est aussi sur ce créneau « B to B » que le vivier des start-up françaises permet une percée remarquée dans les activités liées à Internet et la nouvelle génération d’objets connectés.

Dans ce monde où les objets deviennent capables d’interagir avec leur environnement, la mise en réseau des intelligences et des entreprises, est plus que jamais décisive. Et sur ce plan, à nouveau, l’Europe n’est d’aucun secours. Elle s’est avérée incapable à faire émerger des Apple, des Google, Facebook ou autre Amazon, par son refus de toute stratégie industrielle transeuropéenne, son incapacité à rallier les intérêts nationaux derrière des projets communs.

Dans un pays « pépinière » comme la France, où l’Etat joue un rôle déterminant dans l’amorçage des projets, la puissance publique doit faire contrepoids pour éviter la perte prématurée de pépites, pour favoriser des partenariats équilibrés permettant d’atteindre une taille critique internationale et éviter la prédation par des acteurs industriels et financiers plus puissants, qu’ils soient ou non européens. Les alliances sont là encore bien souvent à chercher auprès d’entreprises étrangères capables de porter ces innovations au plan mondial, sans préjugé : ceux qui détiennent déjà un pouvoir de réseau, des savoir-faire complémentaires, ceux qui nous ouvrent des marchés.

La « préférence  nationale » est aujourd’hui un leurre, et la préférence européenne une impasse. La globalisation nous ouvre, elle, un espace. Pour reprendre pied en Europe, il n’y a d’autre solution que de jouer, délibérément le jeu de la mondialisation multipolaire, que les français ont trop longtemps rejeté. Il faut en conséquence choisir, au cas par cas, sans préjugé et sans exclusive, les meilleures alliances sectorielles pour stimuler notre tissu productif.

Article publié dans Les Echos, le 16 mai 2014. Rédigé par Laurent Faibis et Olivier Passet

Laisser un commentaire

Entrez vos coordonnées ci-dessous ou cliquez sur une icône pour vous connecter:

Logo WordPress.com

Vous commentez à l'aide de votre compte WordPress.com. Déconnexion / Changer )

Image Twitter

Vous commentez à l'aide de votre compte Twitter. Déconnexion / Changer )

Photo Facebook

Vous commentez à l'aide de votre compte Facebook. Déconnexion / Changer )

Photo Google+

Vous commentez à l'aide de votre compte Google+. Déconnexion / Changer )

Connexion à %s