Les trois actes de l’économie de bazar allemande

Le marché unique avait, pour ses promoteurs, vocation à démultiplier les échanges internes à la zone. Or que voit-on depuis plus d’une décennie ? Le marché européen est devenu un piège déflationniste pour les entreprises qui y opèrent. Il se transforme peu à peu en marché des facteurs à faible coût, dont la mise en concurrence bénéficie d’abord et avant tout à l’industrie allemande. L’action se déroule en trois actes.
L’acte I est celui de la mise en place de l’économie « de bazar » entre 2000 et 2007. L’économie allemande tire alors un avantage considérable de la mise en sous-traitance de sa périphérie low cost. Un avantage d’autant plus important pour ses entreprises, que la proximité géographique des PECO leur permet de maintenir l’assemblage et la conception sur leur sol, autrement dit les compétences et les exportations. L’Allemagne devient la grande gagnante de l’unification, au-détriment de ses partenaires. Fin 2007 l’excédent commercial record de l’Allemagne, de 197 milliards, est généré à 90% sur l’UE.


Acte II depuis 2008, l’histoire s’accélère. Le commerce extérieur allemand se réoriente de façon spectaculaire vers le grand large. La stabilité de l’excédent commercial entre 2007 et 2013 (199 milliards) recouvre en fait une progression massive des ventes hors Europe. Dans le même temps, l’Allemagne accroît toujours ses importations en provenance des pays à faible coût de l’Union. L’excédent allemand est ainsi généré maintenant à 55% en dehors de l’Union (et même à près de 80% en prenant la destination première des marchandises). La plateforme européenne se mue peu à peu en base d’exportation allemande vers les régions dynamiques du monde.
Mais, le processus n’est pas arrivé à son terme car avec la crise, l’Allemagne a accru sa puissance de feu financière, et le jeu de ses entreprises consiste maintenant à transformer le potentiel d’investissement accumulé avec la crise, soit en captant l’avantage salarial du sud (en Espagne notamment), soit en acquérant des marques et des brevets dans les pays dépréciés, en Italie mais aussi en France. L’investissement direct allemand vers l’étranger est maintenant reparti. Il a atteint 41 milliards d’euros cette année quand la France a désinvesti près de 4 milliards. L’acte III, de « l’Europe plateforme » est bien en marche.

Article paru dans l’Humanité sous le titre « L’UE, plate-forme de production de l’économie allemande » , le 25 avril 2014

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