Désir d’attractivité et risque de bradage

La France a accueilli moins de quatre milliards d’euros d’investissements directs étrangers cette année, soit un dixième des flux que le reste du monde a investi chaque année sur le territoire entre 2003 et 2012. Dans le même temps, l’Espagne a accueilli près de 30 milliards de capitaux, l’Allemagne 25. C’est dans ce contexte singulier que le gouvernement français a annoncé son nouveau plan en faveur de l’attractivité, notamment des start-up technologiques.

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Son opportunité est difficilement contestable. Et d’ailleurs la France ne manque pas d’atouts en la matière. La simplification des procédures, la stabilité des normes qu’il vient d’annoncer, plus l’action conjuguée de la BPI, du crédit d’impôt recherche ou la puissance de certains pôles technologiques finissent par faire de la France une terre d’accueil qui ne manque pas d’arguments. Le plan marque aussi une préférence pour les investissements que l’on appelle « greenfield », ceux qui créent de nouvelles capacités et drainent des compétences à fort potentiel, quand la majorité des investissements directs sont des prises de participation dans des structures existantes au bilan ambigu en termes de croissance.

Le gouvernement ne s’est pourtant confronté qu’à un tout petit bout du problème. En attaquant la question de l’attractivité sous l’angle de la séduction, il passe à côté d’un enjeu stratégique européen de premier plan : l’extension toujours plus poussée du système « d’économie de bazar » allemand. Une extension qui porte le risque d’un nouveau décrochage français en matière de compétitivité. Le terme d’économie de bazar désigne le redéploiement massif des sous-traitants allemands dans les PECO au cours des années 2000, autrement dit dans leur périphérie low cost. En implantant les phases intermédiaires de leur fabrication dans les PECO, les entreprises ont importé les faibles coûts salariaux, fiscaux et la flexibilité du change de leur voisinage. Elles ont en revanche maintenu la phase finale d’assemblage sur le territoire allemand, la proximité géographique des PECO ayant limité les coûts de transports.

C’est là toute la différence avec la France, les États-Unis ou le Royaume-Uni qui ont localisé une part croissante de la phase finale d’assemblage hors territoire. Ces pays ont vu mécaniquement leurs parts de marché s’écrouler quand l’Allemagne a conservé ses positions en continuant à comptabiliser ses ventes depuis son territoire.

Mais ce qui s’est joué dans les années 2000 n’est probablement que l’acte 1 de l’économie de bazar. Le processus n’est pas arrivé à son terme, car, avec la crise, l’Allemagne a accru sa puissance de feu financière. La rentabilité de ses entreprises grandes et moyennes leur confère maintenant un pouvoir de rachat d’autres entreprises européennes. Un avantage que n’ont pas aujourd’hui les entreprises françaises. Or la déflation salariale du Sud crée de nouvelles opportunités de sous-traitance à faible coût. Le jeu allemand consistera maintenant à transformer le potentiel d’investissement accumulé avec la crise. Soit en captant l’avantage salarial du Sud (en Espagne notamment). Soit en acquérant des marques et des brevets dans les pays dépréciés… en Italie mais aussi en France. L’investissement direct allemand vers l’étranger est maintenant reparti. Il a atteint 41 milliards d’euros cette année quand la France a désinvesti près de quatre milliards.

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Attention alors aux effets de second tour. La France doit être attractive, mais elle devra prendre garde sur cette période à protéger ses brevets et ses marques. Elle devra aussi s’intéresser à l’autre versant de l’investissement direct auquel peu d’observateurs s’intéressent, à tort. L’investissement vers l’étranger, qui lorsqu’il est bien mené constitue une arme pour accroître la valeur créée sur un territoire. L’Allemagne l’a clairement montré par le passé.

Article paru dans l’Hémicycle – mars 2014

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