Où est le consommateur mondial qui pourrait pérenniser la reprise ?

Article paru dans Alternatives Economiques – Décembre 2013

La reprise qui s’esquisse dans le monde développé est en quête de second souffle comme le montrent les récents chiffres européens, le ralentissement des émergents ou l’irrégularité des signaux américains. Tous les gouvernements se sont mis de façon synchrone au chevet de leur offre mais l’embellie des climats d’affaire ne reflète pour l’heure qu’un redressement de la profitabilité et que le mieux d’une poignée d’entreprises exportatrices positionnées sur des segments porteurs. Tôt ou tard, cette reprise par l’offre devra trouver son débouché si elle veut être pérenne et gagner en ampleur. Or chaque région du monde semble en être le passager clandestin. Que voit-on d’abord du côté des États-Unis ? Un redéploiement des entreprises vers les États à faible coût et une profitabilité record (la part des profits dans le revenu culmine au-dessus de ses records des années 50). Mais la reprise industrielle demeure molle et la production inférieure de 5 % à ses pics d’avant crise. Son pouvoir de diffusion est faible comme le rappelle les récents travaux d’E. Saez. De 2009 à 2012, le pouvoir d’achat de 99% des familles américaines a quasi-stagné, 95 % des gains étant capté par 1 % des familles les plus riches. Or c’est sur cette panne « redistributive » que la crise a pris racine. Et l’endettement privé ne peut plus pallier aujourd’hui l’absence de recyclage des fruits de la croissance. C’est donc le dumping monétaire qui permet aux entreprises américaines de restaurer leur offre. Du côté de la Chine, l’investissement résidentiel à crédit maintient à flot la croissance. Mais toujours pas de consommation et de recentrage des moteurs en vue. Le Japon, lui, cherche à sortir de la boucle déflationniste dans laquelle il est enfermé depuis 20 ans par la dépréciation de son change, misant donc sur la consommation des autres. Côté européen, l’embellie des enquêtes industrielles est d’abord le fait des entreprises exportatrices dont la portée de tir va au-delà des frontières de la zone. Pour  la myriade des entreprises à débouché local, le marché intérieur est un piège de déflation salariale ou sociale larvés. Comme de surcroît, la zone euro est la seule qui ne joue pas le dumping de sa monnaie, les pressions à la modération salariale et fiscale demeurent intenses. Même le très libéral « the Economist » s’interroge aujourd’hui sur ce déséquilibre en défaveur du travail. Le faible coût du capital, la démocratisation de la robotique et le niveau élevé du chômage façonnent une reprise par l’offre et l’investissement. Mais une reprise qui, en prise à ses démons déflationnistes, risque de caler sur une crise des débouchés et une nouvelle fuite financière vers des capitaux sur-rémunérés.  Face à cela, le débat sur le SMIC est revenu sur le devant de la scène aux États-Unis et en Allemagne. Ce n’est pas un hasard et son issue est décisive.

Olivier Passet

Laisser un commentaire

Entrez vos coordonnées ci-dessous ou cliquez sur une icône pour vous connecter:

Logo WordPress.com

Vous commentez à l'aide de votre compte WordPress.com. Déconnexion / Changer )

Image Twitter

Vous commentez à l'aide de votre compte Twitter. Déconnexion / Changer )

Photo Facebook

Vous commentez à l'aide de votre compte Facebook. Déconnexion / Changer )

Photo Google+

Vous commentez à l'aide de votre compte Google+. Déconnexion / Changer )

Connexion à %s