Trop de réformes tuent la réforme

Côté pile, la rengaine de la France irréformable : à quelques jours d’intervalle, Standard & Poor’s dégrade la note  souveraine de la France, l’OCDE remet un rapport accablant sur nos tares en matière de compétitivité. Le président de la Commission s’exprime de son côté sur la politique fiscale qui a « atteint les limites de l’acceptabilité ». L’agence américaine justifie son verdict par le fait que le pays n’est pas en mesure de se réformer davantage. Les experts du château de la Muette déroulent de leur côté implacablement nos handicaps en termes de fiscalité, de concurrence, de formation, d’efficacité publique, de R&D, qui sont autant d’incapacités à nous réformer. Rien de neuf en définitive. Une « compilation » du French bashing ordinaire dont la France est coutumière depuis vingt ans, et qu’assènent années après années les institutions internationales. Plus que jamais, la France fait figure aux yeux des autres de pays irréformable, et qui coule, pétrifié dans un modèle archaïque.

Côté face, le gouvernement français vient d’offrir aux entreprises le nième « plan pour l’innovation » qui propose 40 mesures regroupées en 4 axes qui sont ceux de tous les bréviaires en la matière : attirer les talents, le financement, rapprocher la recherche et le privé, etc. Un dispositif annoncé deux jours après que le Sénat a adopté la loi Hamon qui crée un cadre pour le renforcement de l’économie sociale et solidaire, celui des coopératives, des mutuelles et des associations, et notamment une reprise facilitée des entreprises par leurs salariés… quelques semaines seulement après que les droits du consommateur (l’action de groupe notamment) ont été revisités ou qu’Arnaud Montebourg a lancé 32 plans de reconquête industrielle. Des lois qui s’additionnent aux 35 mesures phares du Pacte national pour la croissance, la compétitivité et l’emploi, en faveur des entreprises (dont 20 milliards de crédits d’impôt, une réforme des délais de paiement, une structuration des outils de financement via la BPI). N’oublions pas non plus la loi de sécurisation de l’emploi qui ouvre les conseils d’administration aux salariés, facilite l’ajustement des salaires et du temps de travail dans le cadre des accords compétitivité-emploi et sécurise les procédures des plans sociaux.

Des réformes à la Prévert, qui se chevauchent, se concurrencent, s’emboîtent à chaque symptôme du malade; des réformes jusqu’à saturation, qui, par leur nombre, ne sont plus perçues que comme un bruit de fond, une action de communication plus qu’une communication de l’action. Un véritable gâchis, d’autant que contrairement à la croyance, le contenu de ces dispositifs est réel et leur assemblage dessine bien une politique de l’offre relativement consistante. Le gouvernement ne récolte au final qu’un buzz éphémère et la fureur de quelques lobbys lésés.

Curieux spectacle que celui de ce pays irréformable qui se réforme hystériquement. C’est celui d’un pays au bord de la crise de nerfs, de sa base jusqu’à son sommet. Un pays poursuivi par la psalmodie irritante d’institutions qui, la crise s’apaisant sans elles et malgré elles, reprennent leur business as usual, stigmatisent le mauvais élève français aujourd’hui, comme hier elles accordaient leur satisfecit à l’Espagne et au Portugal, soulignaient le lien positif entre financiarisation et croissance et trouvaient peu à redire au surendettement privé. La perte de sens est bien palpable de part et d’autre. Entre des institutions pavloviennes, un gouvernement compulsif et un mauvais marketing de l’urgence, on se prend à rêver l’impossible : que chacun redécouvre l’art de la lenteur.

L’Hémicycle n° 473 – novembre 2013

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