Le subtil virage économique de François Hollande

Article paru dans Les Echos n° 21519 • page 11 – Septembre 2013

de Laurent Faibis et Olivier Passet

La baisse surprise du coût du travail, que le gouvernement vient d’inscrire dans le marchandage de la réforme des retraites, est un révélateur de la méthode Hollande. On le savait certes rompu à l’art du compromis pour composer avec les intérêts et les courants divergents. Mais l’art de la motion de synthèse reste un enfant pauvre de la stratégie économique. Pas facile de courir tout à la fois les enjeux d’orthodoxie budgétaire, de solidarité et de compétitivité. Et pourtant, à petites doses, et après quelques égarements de début de mandat, c’est bien une politique de l’offre qui peu à peu se dessine.

Prenons d’abord l’asphyxie fiscale suscitée par la première loi de Finances, qui a congelé nombre d’investissements. Force est de constater que, sous l’effet de blocages constitutionnels (la tranche à 75 %) et de rétropédalages à 180 degrés (les plus-values de cession des entreprises, après la pression des « pigeons »), le matraquage fiscal est, in fine, moins prononcé qu’attendu. Il faut d’ailleurs y ajouter l’évanescence des bases fiscales liée à l’évitement de l’impôt… Résultat, un piètre rendement de l’impôt et une pression fiscale qui a reflué de près de 1 point de PIB au premier trimestre de 2013.

Prenons ensuite les politiques de soutien aux entreprises de ce début de quinquennat. Il serait erroné de réduire le Cice à du pur cosmétique. Le crédit d’impôt pourrait, d’ici à 2014-2015, contribuer à gommer près de la moitié de l’écart des coûts salariaux accumulé depuis 2000 entre la France et l’Allemagne. De même, la loi sur la sécurisation de l’emploi constitue bien une avancée significative en matière de flexibilité, pour les grosses PME tout du moins. Elle facilite effectivement l’ajustement des salaires, dans le cadre des accords de maintien de l’emploi, et elle simplifie incontestablement les procédures des plans sociaux…

Des petits pas qui s’ajoutent à d’autres petits pas, comme les ruptures conventionnelles, initiative de Nicolas Sarkozy, qui représentent aujourd’hui 15 % des ruptures de CDI. Touche après touche, le marché du travail est beaucoup moins figé qu’il y a dix ans. On peut certes relativiser la portée du plan d’investissement de 12 milliards sur dix ans, présenté au début de l’été comme le gage d’une vision à long terme. Un petit plan, en fait, si on l’affiche en flux annuel. Mais, là encore, ce plan confirme la pérennité d’un dispositif novateur, dont le précédent gouvernement est à l’origine… celui du « grand emprunt » piloté par le Commissariat général à l’investissement. Ce dispositif n’a pas encore, loin de là, épuisé ses effets et renouvelle en profondeur la démarche de l’Etat investisseur. Un Etat capital-risqueur, qui stimule de multiples initiatives d’avenir sur la base d’avis indépendants, plutôt qu’un pouvoir colbertiste, qui manifestait autrefois sa gloire dans les grands projets de rattrapage technologique.

Alors, on aurait tort de se laisser abuser par la surcommunication autour de l’emploi aidé et les miettes des politiques de redistribution. C’est un leurre qui veut faire croire que la priorité reste aux vieilles recettes éculées du traitement social du chômage, qu’il n’existe d’autre salut en France pour les jeunes que celui de l’emploi subventionné. Mais à y regarder de plus près, entre reflux des anciens statuts passé sous silence et la lente montée des emplois d’avenir et des contrats de génération, la part de l’emploi aidé dans l’emploi total était encore au mois de mai 2013 à un minimum historique depuis vingt ans (4,2 %, alors qu’il atteignait 4,3 % en décembre 2012 et plus de 8 % au début des années 2000).

Face à un pouvoir qui avance masqué et à tâtons, les tribuns des politiques radicales, des électrochocs de l’offre et des basculements fiscaux d’urgence crient à l’immobilisme et à l’impuissance. Mais après tout, les économistes pourraient aussi découvrir, avec plus de retard encore que les pharmacologues, que l’effet cocktail est un doux remède. La combinaison de minidoses peut aussi produire un effet thérapeutique efficace sur le tissu d’entreprises. A condition d’être persévérant et de ne pas céder au clientélisme.

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