France : la rupture inévitable

La zone euro condamne aujourd’hui l’économie française à une triple peine. Celle de l’hyper-compétitivité allemande. Celle d’un euro surévalué réglé au diapason de la puissance industrielle allemande. Celle de la purge budgétaire qui sape la demande intérieure. La conjonction de ces trois éléments est intenable. Elle fait plonger l’Europe. Elle enraye maintenant la reprise mondiale.

L’impasse que constitue la politique baptisée pudiquement « désendettement compétitif » était en début d’année encore un point d’interrogation. C’est désormais une réalité, une certitude.  La France est en récession pour la  troisième fois en 6 ans… et la ponction fiscale de près de 2 points de PIB programmée dans la loi de finances 2013 n’a pas encore produit ses effets négatifs, que déjà le gouvernement songe à durcir sa politique d’austérité pour 2014. Or, c’est bien l’incapacité de la France à retrouver le chemin de la croissance qui aggrave la dérive budgétaire et qui va provoquer inexorablement la défiance des marchés financiers.

La croissance se dérobe à un rythme tel que la stratégie de réduction du déficit est vouée à l’échec. Dans le même temps, la récession accélère la destruction de l’appareil productif, comme en témoigne la litanie des défaillances d’entreprises. Les conditions d’une nouvelle crise de défiance européenne sont de la sorte réunies. D’autant que les mécanismes de sauvegarde financière européens, mis en place par Mario Draghi,  ne sont déjà plus à la hauteur des risques. Leur activation est conditionnée par la mise sous tutelle des politiques nationales et la promesse de crans supplémentaires dans les politiques de rigueur. Dans l’état délétère de la croissance européenne, ces mécanismes sont déstabilisants et nul doute que les marchés mettront à l’épreuve ces dispositifs dont le caractère inachevé est patent. Le débat sur les eurobonds n’a pas été relancé par hasard par Georges Soros. Il reviendra inévitablement sur le devant de la scène.

A cela s’ajoute le handicap terrible d’un niveau de l’euro surévalué pour les entreprises françaises. Seule l’Allemagne est en mesure de s’en accommoder. Elle en tire même parti en important les faibles coûts de son hinterland de la Mitteleuropa et en exportant massivement vers les pays émergents. Les pays de l’Est y trouvent leur compte en se plaçant dans le sillage allemand. Mais cette stratégie a des conséquences désastreuses pour les autres pays de la zone euro : pour les pays du Sud de la zone euro, qui n’ont pour seule perspective que de se résoudre à devenir une sorte de « Floride de l’Europe » tant leur appareil productif se disloque ; pour les pays intermédiaires de la zone euro qui sont évincés des marchés à l’exportation et disqualifiés des chaînes de valeur allemandes.

Répétons-le, tout cela est intenable économiquement, mais aussi politiquement. Une stratégie de rupture va devoir faire sauter l’un des trois verrous que j’ai évoqué. Attendre une inflexion de l’Allemagne, même après les élections, est illusoire. Le dumping fiscal et social auquel elle se livre est nécessaire à sa stratégie d’expansion commerciale vers les pays émergents. Elle a dévalué fiscalement, rappelons- le, en 2007-2008 alors même que son excédent courant excédait 6% du PIB.

Il ne reste dès lors que deux options au gouvernement français. Première option : le coup de poker de la sortie de l’euro. Il ne fait aucun doute que le coût financier et technique du processus serait extrêmement élevé. Il ne fait aucun doute, non plus, que l’affaiblissement de l’appareil productif ne permettrait pas un rebond rapide des exportations même avec une monnaie dévaluée. Le principal objectif serait de regagner une liberté de conduite des politiques économiques. Deuxième option : opérer un tournant  budgétaire et doctrinal aussi important que celui de 1983. Relâcher la cible de la baisse des déficits, rationaliser néanmoins la dépense publique. Non pas pour réduire le déficit mais pour s’engager à son tour dans la concurrence fiscale et sociale acharnée qui s’est installée en Europe et afin de financer une relance industrielle massive. La France prendrait ainsi acte de l’absence de coopération en Europe.

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