Quand la Bourse prédit la croissance

Le sentiment que les marchés boursiers sont déconnectés de l’économie réelle est particulièrement sensible depuis la rechute de l’activité mondiale de la mi-2012.

L’idée même que les Bourses auraient pour principale fonction d’évaluer le juste prix des entreprises est singulièrement mise à mal par l’instabilité des cours qui prévaut depuis le début des années 2000. La marge d’erreur serait d’environ 50%, voire 70%, à observer le yoyo des grandes cotations depuis 10 ans. Pourtant, aussi mimétique, versatile, déconnecté soit-il, le marché américain se retourne toujours avec un temps d’avance sur la croissance. Parce que Wall Street  est le semeur de trouble de l’économie réelle selon certains. Mais pas seulement.

Le Conference Board, producteur américain d’enquêtes conjoncturelles et maître dans l’art des indicateurs avancés, considère l’indice S&P 500 comme l’un des meilleurs prédicteurs des retournements de l’économie américaine à 6 mois ou un an. L’indice de Wall Street  fait partie des 10 séries qui composent l’indicateur composite avancé de l’activité, indicateur confirmé et même de nouveau confirmé au fil des ans. En 2011, la Bourse arrivait encore en 4ème position en termes de pouvoir prédictif. La Bourse s’est en effet presque toujours affaissée plusieurs trimestres avant le pic du cycle de croissance pour amorcer presque systématiquement une reprise avant le point bas de la récession. Ce fut le cas lors des deux chocs pétroliers des années 70. Ce fut encore le cas lors de la récession du début des années 90, à l’exception du mini krach de 1987 qui a laissé l’activité de marbre. Et ce fut encore le cas dans les années 2000.

Alors paradoxe ? Illusion ? Non. Cette qualité de boule de cristal des indices s’explique. Si les traders ne savent pas évaluer la valeur intrinsèque d’une entreprise, ils scrutent en revanche tout micro-signal concernant la profitabilité et la croissance d’une entreprise. Là où un macro-économiste vit sur une information moyenne, agrégée et déjà représentative d’un temps révolu, ils catalysent une masse d’information fine présente et future, représentative de grands groupes qui donnent à la fois le « la » des marchés mondiaux et d’une partie importante de l’économie nationale. De surcroît, la Bourse reflète les conditions de financement. Une anticipation de détente sur les taux d’intérêt et de faible inflation bénéficie en général à la Bourse. Les variations de la Bourse font ainsi sens, de l’autre côté de l’Atlantique du moins.

Alors que nous enseigne la Bourse américaine aujourd’hui ? Le S&P500 flirte avec son plus haut historique, zone à risque donc puisque la reprise industrielle connaît quelques ratés et que la Bourse hésitera à franchir un seuil symbolique qui lui fut fatal 13 ans et même 5 ans plus tôt. Un retournement à ce stade n’est donc pas à exclure. Il pourrait alors sonner le glas de la reprise. Ce scénario n’est pourtant pas encore le plus probable, du moins tant qu’il n’y a pas d’explosion brutale de la bulle obligataire et de durcissement des conditions de financement à long terme. Et c’est bien le risque que fait courir actuellement les dissensions au sein de la FED. Mais la Bourse doit aussi être jugée à l’aune des profits dégagés par les cotations américaines. Et lorsque l’on rapporte les cours boursiers aux profits, les marges de hausse sont bien réelles. D’autant plus qu’il existe une liquidité abondante, encore investie dans des titres publics à rendement quasi-nul, qui peut fournir du carburant à la hausse des Bourses.

En définitive, si le pari de la reprise américaine se jouait à la Bourse, il ne serait pas perdu d’avance.

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