Emploi : la file d’attente infernale

Le marché du travail français est dual… on le sait. Cela signifie qu’il existe un noyau dur d’emploi relativement stable et un emploi périphérique sur lequel s’exerce la majeure partie des ajustements.

En témoigne la durée moyenne d’un emploi dans la même entreprise en France. Cette durée approche 12 ans. Elle est parmi les plus longues des pays développés. En témoigne aussi la part de l’ajustement qui pèse sur les intérimaires à court terme. Deux tiers des destructions se concentrent sur les intérimaires à chaque rechute du cycle. En d’autres mots, deux-tiers de l’ajustement quantitatif de l’emploi pèse sur 3,6 % de la population.

Quelles sont les conséquences de cette inertie de l’emploi pour le plus grand nombre ? Première conséquence, un allongement de la file d’attente pour les plus jeunes, qui entrent tard sur le marché du travail et enchaînent les CDD à répétition. Les chiffres portant sur les flux d’embauches sont particulièrement éloquents. Sur 20,7 millions d’embauches hors intérim enregistrées en 2011, 84 % se sont faites en CDD. Un dixième de la population travaille aujourd’hui en CDD. Mais cette proportion atteint le tiers pour les 15-24 ans. Facteur aggravant, la probabilité pour un salarié en contrat court d’être en CDI un an après est la plus faible d’Europe : elle est de 17 % au lieu de 35 % en moyenne européenne. Deuxième conséquence, la probabilité de sortie du chômage par l’emploi est particulièrement faible … Seuls 4% des chômeurs retrouvent un emploi chaque mois actuellement, situation que la rechute récente de l’activité a aggravée ; situation qui pénalise particulièrement les plus de cinquante ans, on le sait. Troisième conséquence, la proportion de chômeurs de longue durée est élevée au regard des autres pays développés. La part des chômeurs de plus d’un an dépasse 40 %, la durée moyenne des épisodes de chômage est de 474 jours.

Le chômage est ainsi un piège dont on peine à sortir. Et le processus de sélection pour les nouveaux entrants est un des âpres au monde. Toutes les enquêtes le prouvent. Le sentiment de précarité est élevé en France alors que, paradoxalement, 85% des salariés sont employés sur des CDI relativement stables. Un sentiment de précarité qui tient au fait que, plus qu’ailleurs, le chômage est perçu comme un piège dont on ne peut s’extraire.

Les faits parlent d’eux-mêmes. Accroître les chances de sortie du chômage doit être au centre de toutes politiques de sécurisation des parcours… cela signifie plus de croissance, bien sûr. Mais cela ne suffit pas. Cela signifie aussi plus de mobilité pour un plus grand nombre. L’accord sur l’emploi du 11 janvier, sans être négligeable, n’a probablement fait qu’un 10ème du chemin dans cette direction. La concertation a encore du pain sur la planche pour sécuriser véritablement les parcours en France. Cela ne se fera pas en générant toujours plus de contrats d’exception et sans unifier et assouplir les conditions contractuelles du travail afin d’ouvrir l’emploi sécurisé à tous.

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